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"Le sermon sur la chute de Rome" de Jérôme Ferrari

Publié par Maud GUILLEN sur 6 Janvier 2013, 18:00pm

"Le sermon sur la chute de Rome" de Jérôme Ferrari

Il ne faut pas s’effrayer du titre. Comme il l’indique par lui-même il fait référence à un discours religieux et non moralisateur et ennuyeux sur l’effondrement de l’Empire romain d’Occident au Vème siècle. On pourrait imaginer l’influence de ce titre sur le cadre spatio-temporel mais non ; les histoires du roman prennent vie tout au long du XXème siècle et pas avant. On entend parler de guerres, de colonisations, d’aéroports, de voitures et autres objets modernes et familiers qui vous réconforteront peut-être. Mieux vaut donc ne pas paniquer, on est très loin de la civilisation romaine : il n’y a ni d’Empire ni de Romulus Augustule, et encore moins d’objets antiques à faire peur. Par contre, il faut le dire sans s'apeurer, Le sermon de la chute de Rome est né du sermon de Saint Augustin ! Mais (soulagement) il ne faut pas avoir fait une thèse sur cet homme pour comprendre l’œuvre de Jeremy Ferrari. Il n’est pas, non plus, nécessaire d’être incollable en philosophie (même si on aimerait bien parfois). Ainsi, Saint Augustin a dit et c’est de là que le roman prend sa source : « Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt». On va donc, nous lecteur, nous plonger dans un « monde », pas aussi grand que l’Empire Romain, mais petit comme celui d’un bar dans un village Corse. Dans la logique des propos empruntés à Saint Augustin, nous allons suivre la naissance, la croissance et la chute de ce bar : ce lieu fantasmagorique et irréaliste que deux étudiants en philosophie, d’origine corse, Matthieu et Libero, ont décidé, tel des démiurges, de créer. Dans leurs hédonisteries, ils vont chercher à vivre d’amour charnel, de musique, d’alcool et autres festivités aussi vaniteuses. Ils vont fuir la réalité, dans la frénésie de leur jeunesse, et se perdre. C’est d’une tristesse sans borne comme l’indiquent ces quelques phrases piochées : « Libero avait cessé de rêver depuis longtemps déjà. Il reconnaissait sa défaite et donnait son assentiment, un assentiment douloureux, total, désespéré, à la stupidité du monde. » (Page 64) ; « Depuis quand crois-tu que les hommes ont le pouvoir de bâtir des choses éternelles ? L’homme bâtit sur du sable. Si tu veux étreindre ce qu’il a bâti, tu n’étreins que le vent. Tes mains sont vides, et ton cœur affligé. Et si tu aimes le monde, tu périras avec lui » (Page 189) ; « Les mondes passent, en vérité, l’un après l’autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien » (page 202).

J'allais oublier l'inoubliable qui peut aider à garder espoir dans cette désespérante atsmosphère : la grâce qui s'exhale de l'écriture de Jeremy Ferrari, qui s'exhale même des mots les plus laids ou des plus grossiers, qu'il prête à ses personnages.

Aussi, le roman de Jeremy Ferrari est, par chance, empreint quelques fois d’espoir, comme lors de la naissance créatrice, mais malheur à notre bonne humeur, le désespoir réapparait en pleine forme, lors de la mort irrémédiable des Hommes et des mondes possibles. Plus loin de la tragédie encore, la succession de ces mondes est absurde puisque l'Homme à tendance à penser son monde comme le centre de l'univers, la quintessence de la vie ; or il n'en restera rien, tout est voué à disparaître comme si rien n'avait jamais été.

The Romans of Decadence de T.Couture

The Romans of Decadence de T.Couture

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Maud 30/01/2013 18:30

Oui, le titre n'est pas très vendeur :) A bientôt!

Les Lectures de Colette 30/01/2013 17:36

Je suis tombée dessus hier, mis en avant en librairie, mais j'ai été très vite dissuadée par le titre. En tous cas, ton article me donne envie de reconsidérer cet ouvrage.
A bientôt!

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